Chronique bleue ~ La Révolution « bleue »

Episode 1 de la Chronique bleue qui retrace l’histoire de la couleur à travers le temps, les cultures, les métiers, l’art…

Premièrement il me paraît intéressant de définir la couleur. Prenons en référence la définition de Michel Pastoureau, historien de la couleur, spécialiste de l’époque médiévale.

« La couleur est un phénomène perceptif ; pour qu’il existe il faut qu’il y ait 3 éléments : non seulement une source lumineuse et un objet qu’elle éclaire, mais aussi un Etre vivant doté de ce récepteur complexe qui constitue le couple œil-cerveau, c’est-à-dire, un récepteur mettant en jeu la culture, la mémoire, l’imagination, la sensibilité. Si ce 3e élément fait défaut, la couleur n’existe plus. »

Ainsi, on ne peut définir la couleur sans se référer à la culture dans laquelle elle évolue, le souvenir de celle-ci gardée et nourrie par la mémoire de l’individu, l’imagination collective et la sensibilité propre à chacun. L’histoire des couleurs n’est donc pas commune à tous. Elle n’est pas universelle.

Si depuis le XVIIIe siècle, le bleu est la couleur largement préférée en Occident, elle a été longtemps dénigrée voire ignorée.

LA REVOLUTION BLEUE, ENTRE LE XIIe ET LE XIIIe SIECLE EN OCCIDENT

Avant cette période, le bleu en Occident se fait très discret et il est même mal aimé. Ridicule pour les hommes, signe de mauvaise vie pour les femmes, couleur des barbares qui se peignent le corps en bleu à l’allure fantomatique, elle est peu considérée dans la Rome antique et aussi en Grèce. Nommer la couleur est également difficile dû à un lexique pauvre. Nous en reviendrons plus en détails dans d’autres articles.

A partir du XIIe siècle, la couleur bleue prend sa place dans les couleurs importantes et va se révéler sous l’impulsion de plusieurs effets de promotion et le phénomène n’aura de cesse de croître jusqu’à nos jours.

Tout d’abord, le bleu a des enjeux théologiques et divins. Au Moyen-Âge, dans la première moitié du XIIe siècle dans la religion catholique, il devient important de distinguer la lumière divine (lux) de la lumière terrestre (lumen). Ainsi le ciel représentant le divin se teinte systématiquement de bleu alors que la lumière terrestre utilisera le blanc, le jaune, parfois l’or. La Vierge Marie commence à se draper d’un vêtement bleu jusqu’à devenir la référence iconographique.

Dans la monarchie française, Le Roi de France Philippe Auguste (1165-1223), se place en digne représentant de Dieu. Aussi, il commence à se vêtir de bleu et habille ses armoiries d’un fond bleu et de fleurs de lys. C’est tout à fait surprenant et extravagant pour l’époque car outre le désintérêt pour cette couleur, les teinturiers ont beaucoup de mal techniquement à teindre en bleu. Ils teignent très bien le rouge et le jaune, mais pas le bleu. Peu à peu, le choix vestimentaire du Roi de France influence les autres monarchies et les autres cours des pays alentours. Une demande croissante de la part peuple et le bleu devient une couleur à la mode, jusqu’à concurrencer le rouge. Le bleu ainsi s’oppose au rouge.

Cette forte demande dans le vêtement va pousser la teinture à faire des progrès techniques rapides. La culture de la guède, plante médicinale et tinctoriale, plus communément appelé Pastel des teinturiers aujourd’hui, prend de l’essor en Picardie, Toulouse et Amiens.
Pour satisfaire toujours plus la clientèle, l’importation de l’indigo des Amériques centrale et du Sud, donnant des bleus plus intenses (et par ricoché moins cher) remplace peu à peu les productions de guède qui finissent par s’estomper. Les villes de Bordeaux et Nantes s’enrichiront considérablement tandis que Toulouse et Amiens se verront ruinées.

Dès les années 1100, la création artistique dans le vitrail, l’émail, l’enluminure utilise de plus en plus de bleu. Les vitraux de la cathédrale de St Denis au XIIe siècle sont un bon exemple.
En géographie, les mers et bords de mer peints à l’origine en vert devront se distinguer des forêts sur la carte et, peu à peu, le bleu en deviendra la référence.

La couleur bleue en a donc fait du chemin en Occident et il sera passionnant de regarder à la loupe dans d’autres articles ce que nous dit la culture américaine, africaine et orientale entre autre autre.

Ces éléments donnent des pistes de compréhension et d’appréhension de la couleur. Les sources citées ci-dessous sont riches d’éléments précis et complémentaires.


SOURCES

. Conférence Musée du Louvre, Michel PASTOUREAU, historien.
. Bleu. Histoire d’une couleur. Entretien, Michel PASTOUREAU et Mohammed Habib SAMRAKANDI.
. Des goûts et des couleurs avec Michel PASTOUREAU, France Inter.

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